« Maintenant, je suis en total confort avec moi-même » : à Marseille, des gays musulmans conjuguent leur spiritualité et leur homosexualité

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Premier épisode de notre série consacrée aux personnes LGBT+ et musulmanes. À Marseille, l’imam gay Ludovic-Mohamed Zahed organise une prière du vendredi inclusive, ouverte aux femmes et aux personnes LGBT+. Entre initiatives communautaires et culture de la discrétion, des gays musulmans témoignent.

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Prière avec Ludovic-Mohamed Zahed, imam ouvertement homosexuel, et docteur en sciences humaines et sociales. Il gère la première mosquée inclusive de France à Marseille, afin d'accueillir les communautés LGBT musulmanes - Simon Lambert pour Komitid
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Le ciel est encore bleu à Marseille en cette fin décembre 2018. Près du Stade Vélodrome, l’imam Ludovic-Mohamed Zahed vit dans un grand appartement, devenu aussi QG spirituel. Sur ses étagères, les yeux dérivent vers sa collection éclectique d’essais, de la théologie coranique aux queers arabes. Légèrement souffrant, Ludovic-Mohamed Zahed offre l’hospitalité et le thé à la menthe, sur un plateau de macarons colorés. Dans des volutes de cigarette électronique, il puise des forces et se met à se raconter.

Originaire d’Algérie, il grandit dans une éducation musulmane, avant de s’en éloigner. À la trentaine, il se lasse de son train de vie « métro-boulot-dodo ». En quête de spiritualité, il s’initie au bouddhisme avant de revenir à l’islam. Devenu imam, il crée en 2012 une mosquée inclusive à Paris. La nouvelle fait les gros titres, il devient médiatique. Docteur en sciences humaines, il partage son temps entre l’hôpital, des conférences et des débats à travers le monde.

Figure reconnue pour certains — controversée pour d’autres — il développe aujourd’hui son centre de formation spirituel, l’Institut Calem. « Nous développons un programme de formation, en trois ans, pour former une nouvelle génération d’imams, avec des femmes et des personnes LGBT », explique-t-il avec fierté. Aujourd’hui, une dizaine de personnes suit les cours à travers le monde. La formation prévoit un rendez-vous hebdomadaire d’enseignement sur Skype, avec des rencontres physiques régulières.

Ludovic anime des cours sur la religion et l'islam. Certains élèves, comme ici une jeune fille, ne vivent pas en France et suivent les cours sur Skype. Ludovic-Mohamed Zahed est un imam ouvertement homosexuel, et un docteur en sciences humaines et sociales. Il gère la première mosquée inclusive de France à Marseille, afin d'accueillir les communautés LGBT musulmanes — Marseille, le 21 décembre 2018 — Simon Lambert / Komitid

La prière inclusive du vendredi

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  • chrisandqueens

    Bonjour,

    Comme Essea, j’ai beaucoup aimé ce reportage et souhaiterais en lire d’autres sur le même sujet !
    J’ai relevé en particulier qu’une cause d’échec pour les couples mixtes musulman-non-musulman est clairement l’intolérance religieuse. ça me dépasse vraiment, alors, en ce mois de Ramadan, je souhaite du courage à tou·te·s les musulman·e·s face à l’adversité dans leur recherche du bonheur ????

  • essea

    Merci pour cette petite fenêtre ouverte sur un monde qui m’est totalement inconnu, étant blanche et sans religion (comme la majorité de mes connaissances), il ne me vient quasiment jamais de réflexions sur comment articuler sa foi et son orientation sexuelle, dans une culture qui aurait plutôt tendance à scinder ces deux “mondes”.
    Il est intéressant de noter qu’ici aussi, les gens s’identifient de façons assez divergentes, entre ceux qui ne voient pas l’intérêt d’un espace inclusif et sont plutôt discrets et ceux qui parlent plus ouvertement de leur orientation et se retrouvent généralement dans des espaces donnés. Deux pôles sur la manière d’évoluer dans et de faire évoluer la société. Je retrouve aussi cette forme de dichotomie, d’opposition, dans mes connaissances LGBT, entre celles et ceux qui mettent une distance entre eux et la culture gay et ceux et celles qui s’y retrouvent et se l’approprie.
    J’aurais aimé en savoir plus sur la façon dont ces personnes sont reçues dans leurs communautés, leur entourage et au delà, je suppose que c’est rarement glorieux, mais justement, ça n’est qu’une supposition. Cela serait avec plaisir que je lirais d’autres interviews et des reportages plus poussés sur le même thème, j’attends la suite de la série avec une certaine impatience.